
Dès la première nuit. Dès la première nuit, il m’a dit : "il faut que je t’emmène en Italie". 4 mois plus tard, nous y étions, il y a 20 ans maintenant. Le voyage fut plus long que les 4 mois d’attente. 48 heures. Une 104 fatiguée, une remorque, ses parents, Maria qui commençait à ne plus pouvoir marcher, la chaleur qui montait en ce début septembre, le long des autoroutes. Interdiction formelle faite à Giuseppe de prendre le volant, j’avais entendu parler de ses exploits du volant…
On a fait une pause d’une nuit à Cattolica… Petit-déjeuner… c’est quoi cette tasse ? Il est où mon bol ? C’est quoi cette arnaque ? Ces italiens tout de même ! Quoi ? il FAUT que je mette du sucre ? ah non hein. J’ai mis des années à m’en passer… première gorgée. Si. Il FAUT que je mette du sucre. Et ensuite………. Le bonheur. Mon baptême du café, à 22 ans. Epais, long en bouche, le verre d’eau à côté pour ne pas développer la caféine et préserver le goût. Quel nectar… Quelle puissance. Pas d’amertume, le goût qui reste en bouche, fruité et imposant, longtemps. Le sang qui va plus vite dans les veines, mais toujours régulièrement, le réveil des sens et des membres. J’étais déjà accro.
Mon deuxième meilleur-café-de-toute-la-vie entière fut celui de la Ritella. La tata du chéri, la sœur de Giuseppe, toute droite sous ses cheveux en broussaille, sa crinière épaisse de vieille bête, grise au-dessus des sourcils furieux, restés noirs. Elle nous attendait dans l’embrasure de sa porte, tenant le rideau de perles rassemblé à sa gauche, appuyée un peu au mur très blanc. Son petit mari à la Dubout - un Dubout qui aurait dépeint un paysan des pouilles usé par le choc de la bêche sur les cailloux- s’était posé sur le banc de pierre, dans la ruelle pavée. Tout tordu, les yeux allumés encore, sombres et malins. Nous étions arrivés au port. Elle m’a prise contre sa large poitrine odorante de mama, m’a serrée. Elle me parlait en patois de la Puglia, ignorant certainement qu’il existait des coins du monde où on ne comprenait pas sa langue un peu nasale, traînante et chantante. Elle me serrait fort, j’ai compris qu’elle me trouvait belle, elle souriait, et puis elle s’est mise à pleurer. L’émotion, je comprenais vaguement aussi qu’elle me parlait d’une voisine morte… Je ne voyais pas bien le rapport, mais je me laissais aller à son débordement, j’aimais déjà ça, j’étais chez moi, pétrie comme de la bonne pâte, adoptée.
On a fait une pause d’une nuit à Cattolica… Petit-déjeuner… c’est quoi cette tasse ? Il est où mon bol ? C’est quoi cette arnaque ? Ces italiens tout de même ! Quoi ? il FAUT que je mette du sucre ? ah non hein. J’ai mis des années à m’en passer… première gorgée. Si. Il FAUT que je mette du sucre. Et ensuite………. Le bonheur. Mon baptême du café, à 22 ans. Epais, long en bouche, le verre d’eau à côté pour ne pas développer la caféine et préserver le goût. Quel nectar… Quelle puissance. Pas d’amertume, le goût qui reste en bouche, fruité et imposant, longtemps. Le sang qui va plus vite dans les veines, mais toujours régulièrement, le réveil des sens et des membres. J’étais déjà accro.
Mon deuxième meilleur-café-de-toute-la-vie entière fut celui de la Ritella. La tata du chéri, la sœur de Giuseppe, toute droite sous ses cheveux en broussaille, sa crinière épaisse de vieille bête, grise au-dessus des sourcils furieux, restés noirs. Elle nous attendait dans l’embrasure de sa porte, tenant le rideau de perles rassemblé à sa gauche, appuyée un peu au mur très blanc. Son petit mari à la Dubout - un Dubout qui aurait dépeint un paysan des pouilles usé par le choc de la bêche sur les cailloux- s’était posé sur le banc de pierre, dans la ruelle pavée. Tout tordu, les yeux allumés encore, sombres et malins. Nous étions arrivés au port. Elle m’a prise contre sa large poitrine odorante de mama, m’a serrée. Elle me parlait en patois de la Puglia, ignorant certainement qu’il existait des coins du monde où on ne comprenait pas sa langue un peu nasale, traînante et chantante. Elle me serrait fort, j’ai compris qu’elle me trouvait belle, elle souriait, et puis elle s’est mise à pleurer. L’émotion, je comprenais vaguement aussi qu’elle me parlait d’une voisine morte… Je ne voyais pas bien le rapport, mais je me laissais aller à son débordement, j’aimais déjà ça, j’étais chez moi, pétrie comme de la bonne pâte, adoptée.

Malgré les musiques de la rue, nous ne nous levions que vers 9 heures. Quand on descendait, la Ritella était debout depuis longtemps. Elle avait déjà vaqué au ménage, à la lessive, son petit mari sous casquette était aux champs, la sauce des pâtes de 13 heures commençait à ratasser, elle venait sans doute de boire à grandes lampées de l’eau glacée qu’elle entreposait dans un frigo hors d’âge ; dans la bouteille, au centre, le liquide était un glaçon géant. Elle nettoyait la ruelle devant chez elle. Elle criait depuis dehors "il y a du café !". Et quel café. Elle l’avait préparé dans sa petite moka, sur un coin de réchaud. Il était noir comme la nuit, rond comme un fruit, sucré comme du miel et… froid. Il rafraîchissait en même temps qu’il revigorait, il frictionnait sans âpreté aucune, nous étrillait de jour nouveau. Un grand bonheur que ce café-là, presque maternel, qui précédait nos déambulations dans la vallée des trulli.
Cette année, à Noël, j’ai voulu gâter mes invités en leur faisant des cadeaux maison. Parmi ceux-ci, une liqueur au café. J’ai retrouvé, à la goûter en plein hiver, le grand réconfort et la chaleur de ces moments de soleil, à l’ombre des murs charnus, le goût cousin de mes premiers matins d’Italie. Ce sera donc mon hommage à La Ritella, une liqueur qui ressemble à son café béni, du temps des amours naissantes et évidentes. La recette en cliquant ici.

Le soleil des Scorta : roman magnifique, à lire absolument pour se retrouver à la table de Ritella, chez ses cousins et cousines de la Puglia. Cliquez sur l'image pour plus de détails.
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